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Cent salons, sur près d'un siècle…


Sur l'initiative de Maurice Genevoix

C'est de Blois que naît, en 1920, l'impulsion qui donnera naissance, trois ans plus tard, à la Société des Artistes Orléanais, aujourd'hui connue sous la seule appellation des “Artistes Orléanais”.
Écrivain et poète né à Bracieux – où un collège porte aujourd'hui son nom –, Hubert Fillay, avocat à la ville, a en effet créé dans la capitale du Loir-et-Cher “l'École de la Loire”, qui rassemble des peintres, des musiciens et des lettrés locaux.
C'est ainsi, tout naturellement, que la première association d'artistes d'Orléans, créée en 1921 sous le nom de “Fédération des Artistes du Val de Loire”, s'associera à cette “école” blésoise déjà très dynamique.
Mais une scission va bientôt tout bouleverser.
Début 1923, sur l’initiative de Maurice Genevoix – qui vient d'achever Rémi des Rauches et obtiendra le prix Goncourt avec Raboliot en 1925 –, plusieurs des artistes réunis au sein de la Fédération des Artistes du Val de Loire décident de créer une structure indépendante. En février, ils organisent une première exposition au café de la Rotonde (auquel a succédé dans les années quatre-vingts une boutique de chaussures…), place du Martroi. La Société des Artistes Orléanais sera officiellement enregistrée au Journal Officiel du 24 août 1924.

Une société qui fédère artistes et lettrés

Autour de Maurice Genevoix, premier – et éphémère – président, la société compte dans ses rangs les plus éminents artistes orléanais du moment, les Million, Malfray, Asselin, la jeune Jeanne Champillou, le génial “faussaire” André Mailfert dont les ateliers orléanais d'ébénisterie connaîtront un rayonnement mondial… ainsi que des intellectuels et des responsables culturels (Roger Secrétain, André Mariotte, René Berthelot…).
L'objectif des fondateurs des AO est très ambitieux. Dans “Les cahiers orléanais”, organe littéraire de la société, Maurice Genevoix le définit ainsi : “S'il est un sentiment vivant au cœur des hommes, c'est bien celui qui les tient attachés au coin de terre qui les vit naître. Point n'est besoin d'épiloguer longuement sur la force de ce sentiment, sa profondeur, son universalité (…) Notre ambition serait de ne pas être trop indignes de la beauté de notre pays, de l'aimer à travers notre labeur et peut-être, si nous le pouvons, de rendre plus claires encore, à tous les siens, qui l'aiment déjà, les raisons qu'ils ont de l'aimer.”

Cent salons à Orléans… et ailleurs

Au cours du XXe siècle, les Artistes Orléanais vont faire faire preuve d'une rare longévité, le temps, loin de diluer les énergies ou de multiplier les remises en cause, semblant tout au contraire cimenter une association où les “familles” d'artistes se succèdent sans rupture, le flambeau étant régulièrement transmis aux générations montantes. Même la guerre de 39-45 ne rompra pas le fil, permettant au contraire à l'association de faire preuve de sa solidité et de sa solidarité, notamment envers les artistes prisonniers lors de leur retour de captivité.
Fidèle à sa vocation d'origine, la société entend monter le travail des peintres, sculpteurs et graveurs locaux et elle s'y emploie sans relâche. En un peu plus de quatre-vingt ans, elle organisera ainsi cent salons, qui se “posent” au fil du temps en différents points de la ville d'Orléans : c'est, après le café de la Rotonde, la Chapelle des Jacobins (elle sera détruite en 1927 pour le percement de la rue Théophile-Chollet) qui accueille les artistes et leurs œuvres, puis le théâtre municipal, alors place de l'Étape. Après le mail Pothier, sur les boulevards, c'est au tour de la salle des fêtes d'Orléans, implantée au centre du Campo Santo, d'être le cadre du salon salon annuel. On exposera ensuite à la Maison de Jeanne d'Arc, place de Gaulle, puis au Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP), rue de Recouvrance, avant que la manifestation ne prenne ses quartiers définitifs en la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, mise à sa disposition par la ville à partir de 1976.
Mais d'autres salons que le traditionnel rendez-vous annuel permettent également aux membres de faire connaître leur travail. Ils sont organisés au sein de manifestations prestigieuses (les Floralies d'Orléans, au Parc Floral de la Source en 1967, qui attirèrent 2 300 000 visiteurs), dans les villes jumelles d'Orléans (Münster, Allemagne ; Wichita, États-Unis ; Kristiansand, Norvège)…), lors de la Foire exposition d'Orléans (tous les ans depuis quelques années), ou ponctuellement (châteaux de Châteauneuf et de Sully-sur-Loire…).

Des artistes de renommée internationale

Les archives de la société, cahiers de compte et fiches artistiques l'attestent : les Artistes Orléanais ont, à ce jour, accueilli et exposé plus de deux mille artistes.
Un chiffre exceptionnel pour une association dont la longévité ne l'est pas moins.
Il était légitime que cette “pépinière” voie éclore des talents… exceptionnels ! Sans prétendre à l'exhaustivité, citons quelques artistes dont la notoriété a aujourd'hui largement dépassé les frontières locales et, pour certains, nationales : Maurice Asselin, Jeanne Champillou, Charles Malfray, Louis-Joseph Soulas, Roger Toulouse, Daniel Gélis, Jean-Jacques Balitran, Jacqueline Benoît, Jean Bailly, Gérard Bouilly, Hélène Pichot, Lucien Fleury, François Legrand, Marc Lecoultre, Jacques Ousson, Yves de Valence, Richard Boutin, Yoland Cazenove…
De nombreuses figures de la vie culturelle orléanaise et plusieurs artistes se sont également succédé quatre-vingts ans durant à la présidence des AO : Maurice Genevoix, André Mariotte, Jean Banchereau, Jean Nouveau, Paul Cordonnier, Fernand Baud, Louis-Joseph Soulas, Louis Simon, Marcel Gili, Henri Ballu (secrétaire général, faisant fonction de), Rémy Hétreau, Claude Collas, Benoît Gayet…
Ils ont concouru, chacun à sa mesure, à enraciner les AO dans leur territoire et à les faire vivre et surtout perdurer.
Rendant hommage, lors de son décès, au graveur Louis-Joseph Soulas, qui fut président des AO de 1943 à 1954, son ami Roger Secrétain écrivait en 1954: “Nous l'avons vu parcourir en trente ans une route qui ne cessait de monter…”
On ne saurait mieux dire du remarquable parcours des Artistes Orléanais. Puisse leur destin, pour les cent prochains salons qui s'annoncent, poursuivre dans la même voie.

Jean-Louis DERENNE - octobre 2007