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Paulina Aubey

Paulina Aubey s’inspire de la culture populaire postmoderne, notamment cinématographique, pour créer des peintures en lego qui interrogent notre humanité. Après avoir travaillé principalement au pastel pendant une dizaine d’années, elle décide en 2016 d’utiliser la brique lego afin que l’équation pop soit complète. Ses portraits de visages en gros plan, dont la gravité est contrebalancée par les couleurs vives du médium, témoignent de la fine frontière entre abstraction et figuratif. Elle fait partie du catalogue d’art contemporain PoetsArtists et son travail est inclus dans le Lunar Codex (artistes dont le travail est envoyé sur la Lune). Elle est également juge dans l’émission Lego Masters sur M6.

« Ce qui m’intéresse en premier, c’est la notion de jeu. Mon corpus en briques a pour objet notre perception visuelle et explore de manière ludique la fine frontière qui sépare l’abstraction du figuratif.

Mon travail se focalise principalement sur le portrait : de l’imagerie religieuse à la figure de l’androïde en passant par la mythologie hollywoodienne, j’aime traiter le visage humain de manière iconique. J’ai à cœur de créer une dichotomie entre un medium coloré et ludique, et des sujets parfois dérangeants à l’expression faciale empreinte de gravité.

Ma technique a récemment évolué grâce à ce que j’appelle le “glacis en briques”. Par le passage d’un principe de simple juxtaposition à un principe de superposition de briques, le médium est transfiguré : l’addition d’une fine couche de briques transparentes et colorées contrebalance l’aspect brut et massif du matériau, et fait gagner mes portraits en nuance et en sensibilité. Cette technique me permet de figer, de cristalliser l’expression d’un visage, la manifestation d’une intériorité

Elle me permet également de jouer sur les textures que m’inspirent le sujet, en extraire une sorte de quintessence, En effet, le travail sur la peau et sa texture, déjà au centre de mon travail de pastelliste, reste prédominant et caractérise le traitement de mon sujet.

Aussi le rendu en surface peut-il apparaître précieux et fragile comme du verre, du cristal ou du diamant, opaque et dense comme de la cire, ou à l’opposé cireux, voire huileux.

Mon corpus se constitue à présent principalement de portraits intimistes en très gros plan, issus de mon travail de photographie personnel. Mes sujets sont des amis modèles ou des proches, que je photographie en clair-obscur en utilisant une lumière au néon. Ces portraits rapprochés sont chargés d’intensité dramatique, à la manière des gros plans cinématographiques des années 90-2000 de réalisateurs tels que David Lynch (Twin Peaks, Mulholland Drive), Darren Aronovsky ou Nicolas Winding Refn (The Neon Demon). À l’image des icônes, l’inspection prolongée de ces visages constitue une énigme : plus l’on tente de percer le mystère de cette altérité, plus celle-ci semble se dérober, nous interrogeant sur l’essence de ce que l’on croit connaître. »

Commentaire du travail de Paulina Aubey 

par Cécile FACON, Responsable Événementiel de la Ville de Meung-sur-Loire

Face à l’univers artistique de Paulina Aubey, le visiteur plonge dans une autre dimension. Tout d’abord attiré, curieux et confiant, par le matériau employé, vecteur de doux souvenirs de jeux d’enfants, celui-ci découvre une expression créatrice inédite et complexe, inspirée par la culture populaire qu’elle déconstruit.

L’artiste plasticienne se joue des codes et des stéréotypes. Le lego devient la palette du peintre qui l’associe, le mêle, le superpose à l’envi pour en extraire l’infinie possibilité chromatique, mais aussi le matériau du sculpteur qui l’accumule, le concentre ou le raréfie à la recherche du volume et de la densité. La lumière s’y accroche et joue avec les ombres composées pour animer l’œuvre et lui donner vie.

De la contrainte de la forme brique, l’artiste travaille l’effet de pixel qui, loin de restreindre, favorise l’acuité de la création. Le visiteur est interpellé, il s’approche, se recule, s’interroge, regarde le sujet qui s’offre à lui… Mais qui regarde qui ?

Omniprésent dans l’œuvre et hypnotique, le regard fixe le spectateur, le met à l’épreuve. L’artiste portraitiste saisit la perception dans ce qu’elle a de plus instinctif, presque primitif, voire reptilien. Elle s’affiche dans toute son intensité, sa nudité troublante, déstabilisante, voire dérangeante. Loin des représentations conventionnelles, le portrait cherche, questionne, bouscule, fouille le spectateur. Doute, peur, colère, souffrance, désir – du regardé ? du regardant ? – se mélangent en un tourbillon de sensations exaltées. L’individu s’efface. Ne subsiste que l’émotion, paradoxalement fragile et puissante, fugace et intemporelle.

Oxymore, l’œuvre se joue des contrastes. La brique rigide se plie à la volonté créatrice, la couleur vive et acidulée sublime les profondeurs de l’âme humaine, dont l’apparence se fond et se confond avec le végétal. La représentation figurative s’estompe peu à peu et tend vers une abstraction nimbée d’un éclat cosmique.

Tel un funambule, le visiteur s’élance sur le fil de l’inspiration de l’artiste, chancelle, palpite, oscille devant cette œuvre aussi saisissante qu’insaisissable.

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